Témoignage : Est-il réaliste d’aimer ses ennemis ?

16 avril 2024|Norbert Piché

Quand j’entends parler des guerres aux nouvelles, je secoue la tête.  J’avoue que cela me décourage d’écouter ce qui se passe en Ukraine, en Éthiopie, et plus récemment en Palestine (et il y en a tant d’autres).  Je me dis : « Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre en paix ? » 

Au cours des six derniers mois, j’ai mieux compris pourquoi les peuples de ce monde n’arrivent pas à vivre en paix les uns avec les autres. Voyez-vous, j’ai été confronté à une situation particulière : l’Agence de revenu du Québec nous a accusé, ma femme et moi d’un délit dont nous croyions être innocents.  Si nous étions reconnus coupables, l’amende était de plusieurs milliers de dollars. 

Je croyais naïvement que si j’expliquais la situation à l’avocate de la couronne, elle comprendrait et laisserait tomber les accusations contre nous.  Mais tel n’a pas été le cas.  Après plusieurs semaines de recherches, j’ai trouvé un avocat prêt à nous aider.  Mais je me suis rendu compte que les frais d’avocat seraient presqu’aussi élevé que l’amende imposée.  Et si nous perdions, nous devrions payer l’amende en plus des honoraires de l’avocat. Voyant cette injustice et me sentant impuissant face à un appareil gouvernemental impersonnel, j’étais fâché.  Et parce qu’il est devenu clair que je ne pouvais pas vraiment lutter contre ce dernier, j’ai laissé ce sentiment de colère me ronger de l’intérieur, au point où j’ai commencé à cultiver une haine malsaine envers l’avocate de la couronne.  Par la suite, j’ai eu envie de me venger.  J’ai imaginé toutes sortes de scénarios pour assouvir ma vengeance.  Ce n’était pas beau à voir. 

Ce n’est qu’en intégrant tout cela dans ma prière que j’ai commencé à comprendre.  À comprendre quoi, me direz-vous? Comprendre la profondeur des paroles de Jésus.  Dans l’évangile de Luc, chapitre 6, versets 27 et 28, Jésus dit : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez :  Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. »  J’étais loin, très loin de là.  Je voulais causer du tort à cette avocate qui était la personnification de cet appareil gouvernemental qui me faisait du mal. 

J’ai commencé à me rendre compte qu’il était très difficile, voire impossible de vivre ces paroles de Jésus. 

Mais c’est ce que Jésus exige de nous si nous voulons vraiment le suivre.  J’ai également réalisé que je ne valais pas mieux que ces personnes qui se font la guerre.  Elles cherchent à se venger d’un tort que l’autre a fait ; et ça n’a plus de fin.  Mais je comprends car cette haine et cette vengeance, elles étaient présentes dans mon cœur.  Et quand ces deux-là ont une emprise sur votre cœur, il est impossible d’aimer.  Aimer cette avocate de la couronne, de lui faire du bien ; non, je ne pouvais pas.  C’était déjà assez difficile de tout simplement ne pas lui vouloir du tort, encore moins de lui faire du bien. 

Alors, que pouvais-je faire ?  Je pouvais continuer à alimenter cette haine qui avait un effet pervers sur mon être.  Ou, je pouvais commencer à admettre ma faiblesse et de demander de l’aide à Dieu pour pouvoir vivre ces paroles exigeantes.  Mais pour les vivre vraiment.  Il ne m’était pas possible de surmonter une telle épreuve seule.  Chez les Alcoolique Anonymes, une des douze étapes consiste à admettre que l’on a besoin de l’aide de l’Être Suprême, quelle que soit la définition que l’on en donne.  J’avais besoin d’aide.  En poussant ma prière un peu plus loin, j’ai vu que ce n’est qu’avec Jésus que je peux vraiment aimer mon ennemi. 

Jésus ne me demande pas l’impossible.  Il me demande d’aimer l’autre qui est, finalement, tout aussi vulnérable que moi.  Celui qui me veut du tort veut pouvoir nourrir sa famille, veut une éducation pour ses enfants, veut vivre sans maladie ni pauvreté.  Aimer est donc le seul moyen pour moi de sortir de cette haine et cette vengeance ; et c’est aussi la seule façon pour mon ennemi de sortir de sa propre haine et de sa propre vengeance.