Entrevue avec nos donatrices en vedette: la Congrégation Notre-Dame
05 avril 2025|Joanna Kozakiewicz

La Congrégation de Notre-Dame (CND) a été fondée au XVIIe siècle à Ville-Marie (Montréal) par Sainte Marguerite Bourgeoys. Il s’agit de la première communauté religieuse féminine non cloîtrée en Amérique du Nord. Elle est présente sur quatre continents, dont l’Amérique centrale, l’Amérique du Nord, l’Afrique, l’Europe et l’Asie.
Elle œuvre dans la justice sociale, la dignité humaine, la protection de la création, l’enseignement, la solidarité avec les femmes, la pastorale, les services à la Congrégation, la préservation de la mémoire, et la promotion de la vocation.
Elle s’implique aussi de façon remarquable auprès des réfugiés, des migrants et des personnes déplacées de force. Elle soutient également financièrement la mission du Service jésuite des réfugiés depuis 2024.
Nous avons invité la CND à répondre à nos questions concernant les motivations de son engagement en faveur des personnes que nous servons. Madame Jessica Ramos, responsable du réseau d’actions de justice sociale de la CND, accompagnée de Sœur Ercilia Janeth Ferrera Erazo, ont accepté de répondre à nos questions.
Pourquoi la Congrégation de Notre-Dame s’engage-t-elle dans la cause des réfugiés, migrants et personnes déplacées de force (mission du SJR) ?
CND : Face aux injustices telles que la migration forcée, la CND a réaffirmé son engagement en faveur d’une solidarité radicale avec les pauvres et les opprimés, en agissant en conséquence. L’orientation de la mission 2021-2026 énonce trois engagements clés, dont l’un est directement lié aux processus migratoires : intensifier notre présence prophétique dans les périphéries, en particulier parmi les personnes touchées par des systèmes qui perpétuent l’exclusion et la marginalisation.
Entre 2020 et 2023, nous avons constaté que les régions et les provinces ont pris l’initiative de développer des actions, à la fois individuellement et en collaboration avec d’autres organismes, pour atténuer ce phénomène au niveau local.
Comment la Congrégation est-elle impliquée?
CND : Toutes les provinces et régions du Réseau d’action pour la justice sociale (RAJS) (Canada, États-Unis, Honduras, Guatemala, El Salvador, Cameroun, Japon) ont apporté un soutien aux migrants de diverses manières. À cette fin, ils ont articulé leur travail avec des organisations telles que le Foyer du Monde, le Réseau jésuite des migrants, la Maison centrale, le Centre de réfugiés des Fidèles Compagnes de Jésus, la Maison La Carty, le Centre Marguerite Bourgeoys, le Réseau Clamor, entre autres. Ces lieux offrent une assistance aux familles de réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux femmes réfugiées, en effectuant l’accueil, l’intégration, la traduction, l’aide alimentaire, les soins de base et la formation courte, entre autres services. La nature et l’étendue de ce soutien varient selon le contexte et les besoins spécifiques de chaque région ou province. (1)
Qu’est-ce qui émeut le plus la CND dans ce cas-ci ?
CND : Ce défi exige une identification miséricordieuse avec les pauvres, il exige que nous portions le poids de l’injustice. Pour répondre à ces exigences évangéliques, nous avons choisi de vivre avec une plus grande insertion parmi les pauvres. Ici, l’insertion, propre à la meilleure tradition missionnaire de l’Église, n’accentue pas la dimension de l’annonce de la foi aux non-chrétiens et aux déchristianisés. Au contraire, il va à la rencontre des plus pauvres pour les accompagner dans l’espérance. Par une plus grande insertion au milieu des pauvres, nous voulons nous rapprocher de leur condition et être au cœur de leur misère matérielle. Cette insertion, perçue comme mission et solidarité, invite non seulement à un style de vie simple et austère, mais surtout à un style de vie cohérent avec le niveau de vie des pauvres. (2)
Quelle spiritualité inspire votre congrégation et quel est son lien avec la cause des réfugiés ?
CND : Dieu nous appelle à écouter les cris de notre monde blessé. Dans l’esprit de sainte Marguerite-Bourgeoys, nous répondons par un espoir obstiné, une action prophétique et une collaboration : Ensemble pour la vie du monde. Au cours du XVIIe siècle, dans le contexte de la colonisation de la Nouvelle-France, sainte Marguerite Bourgeoys s’est engagé profondément dans l’accueil des migrants arrivant à Montréal. Fondatrice de la congrégation, Marguerite Bourgeoys a consacré sa vie à l’éducation et au soutien des plus démunis. Aujourd’hui, afin de participer à cette évangélisation de la réalité, nous avons choisi une priorité liée à notre mission éducative : l’éducation libératrice. Enracinée dans la justice et porteuse des valeurs de l’Évangile, l’éducation libératrice tire son principe fondamental de la solidarité avec les pauvres.
Face à la situation de mort et de déshumanisation, il propose la Vie et la Vie en plénitude –
« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance »
(Jn 10, 10)
Cette éducation, dispensée au sein des communautés indigènes, paysannes et marginalisées (Amérique centrale-Région Nuestra Señora de Guadalupe), fait des pauvres les principaux agents de la transformation sociale. Nous voulons que cette éducation soit en accord avec le charisme de Mère Bourgeoys ; C’est pourquoi nous avons décidé de soutenir les pauvres dans leurs efforts pour répondre aux besoins fondamentaux de leur environnement, pour respecter leur identité, pour promouvoir la solidarité entre eux et pour les inviter à être plus fidèles à la Parole de Dieu et à sa présence au cœur de l’histoire. Cette éducation nous intègre dans la dénonciation des manifestations d’injustice, dans la participation à la construction d’une nouvelle société et à la croissance de la vie chrétienne et du Peuple de Dieu.(3)
Rencontre RAJS, Montréal 2022. Photo : Richard Perron
Quels changements aimeriez-vous voir dans le monde pour les réfugiés, les personnes déplacées de force et les migrants ?
CND : En 2020, 280 millions de migrants ont été enregistrés dans le monde, reflétant les différentes causes structurelles de la migration forcée. Des facteurs tels que la guerre, les persécutions politiques, ethniques, religieuses et culturelles, ainsi que la violence et les violations des droits de l’homme, sont quelques-uns des principaux facteurs. De plus, les catastrophes naturelles, le changement climatique, la pollution, le manque d’emploi, l’insécurité alimentaire et les inégalités économiques contribuent également à ce phénomène. Dans les pays du Sud, les guerres, les multinationales et les catastrophes environnementales génèrent des migrations forcées, donnant naissance à des réfugiés. La compréhension du contexte social, économique et politique de ce phénomène facilite l’analyse des déplacements de population, et une réponse fondée sur l’empathie et la solidarité est essentielle pour faire face à ce problème.
Les structures de pouvoir, telles que le colonialisme et le capitalisme, font partie de ce cadre. Il est donc crucial de les comprendre pour construire d’autres mondes dans lesquels la dignité humaine est l’un des fondements fondamentaux. Nous aimerions voir un monde où les gens ne sont pas criminalisés en raison de la couleur de leur peau, de leur classe sociale ou pour toute autre raison, ainsi qu’un monde où il n’y a pas de frontières géographiques.
Que diriez-vous à ceux qui s’opposent à cette cause ?
CND :Le Pape François nous rappelle que
« le migrant qui réside parmi vous sera pour vous comme l’indigène : vous l’aimerez comme vous-même, parce que vous avez été migrants en Égypte. Je suis l’Éternel, ton Dieu »
(Lv 19, 34)
Pour nous, comme le mentionne le pape, tous les humains sont des pèlerins, des visiteurs, des voyageurs ; c’est pourquoi chaque personne qui se présente à notre porte est l’occasion de rencontrer Jésus-Christ, qui s’identifie à ceux qui sont accueillis ou rejetés (Mt 25, 35.43). À ceux qui doivent quitter leur foyer à la recherche d’un avenir meilleur, Dieu les confie à l’amour de l’Église. Cet amour doit les accompagner à toutes les étapes de leur expérience migratoire : depuis leur départ, pendant le voyage, à leur arrivée et, si nécessaire, à leur retour. L’Église assume cette grande responsabilité et l’invite à être partagée par tous les croyants et toutes les personnes de bonne volonté, qui sont appelés à répondre avec générosité, sagesse et selon leurs possibilités, aux défis posés par les migrations d’aujourd’hui.
Comment encouragez vous ceux qui vous entourent à soutenir les réfugiés, les migrants et les personnes déplacées de force ?
CND : Ce thème, qui touche l’ensemble de la société, nous appelle à nous orienter vers une mission commune. Il nous affecte à la fois physiquement et spirituellement, car il s’agit d’un effort collectif mené par l’ensemble du réseau d’action pour la justice sociale, qui favorise, motive et mobilise par le biais de diverses stratégies.
Tout au long de ce processus, nous avons profondément réfléchi à la situation. En 2023, le RAJS s’est rendu dans la région de Notre-Dame des Apôtres, où il a visité plusieurs maisons et centres de réfugiés. Cette année, notre rencontre aura lieu dans la région de Notre-Dame de Guadalupe, plus précisément au Honduras, et le thème central sera Migration : l’accompagnement dans la périphérie.
Parmi les stratégies d’espoir et d’action que nous mettons en œuvre, citons : une enquête sur la migration ciblant les sœurs et les travailleurs de la maison mère, menée l’année dernière ; notre deuxième bulletin de justice sociale correspondant à cette année 2025, met l’accent sur la migration dans le monde, le soutien au Centre jésuite pour les réfugiés, la collaboration avec l’organisation Développement et Paix, l’accueil des leaders sociaux ; diverses expériences vécues à la frontière entre le Mexique et les États-Unis; parmi de nombreuses autres actions qui sont menées dans chaque région et province.
1) Bulletin de la CND RAJS. N° 2-2024
2) Chapitre général 1990 CND
3) Chapitre général 1990 CND