Comment « Un Voyage en Exil » est devenu un projet global 🌍

19 juin 2026|Joanna Kozakiewicz

Le plus grand défi pour une organisation à but non lucratif dont la mission est d’accompagner, de servir et de défendre les droits des réfugiés, des migrants et des populations déplacées, est de lutter contre les discours constants anti-réfugiés et anti-migrants. Au cours des dernières années, le Service jésuite des réfugiés Canada (SJR Canada) a discerné que le partage des récits de réfugiés pour sensibiliser le public était une vocation unique, à laquelle il a répondu par la création d’Un Voyage en Exil.

Comment le tout a commencé

Un Voyage en Exil a été lancé initialement en 2017. Il a été inspiré par un exercice de simulation et de sensibilisation créé en 1997 sur le sort des peuples autochtones, appelé « l’Exercice des couvertures » (the Blanket Exercise), qui est également devenu un phénomène mondial.

La pandémie de Covid-19 a ouvert la voie à une version en ligne d’Un Voyage en Exil, créée en 2020. Cela a permis au SJR Canada de continuer à sensibiliser le public sur les réfugiés et leur vécu en plein cœur des confinements.

En 2022, le SJR Canada a accueilli Tevfik Karatop en tant que gestionnaire de projet, qui supervise l’initiative depuis lors. Au cours des quatre dernières années, il a animé 170 sessions d’Un Voyage en Exil, que ce soit en personne, en mode hybride ou en ligne.

De quoi s’agit-il ?

Cette simulation interactive attribue à chaque participant le rôle d’un réfugié et l’encourage à prendre des décisions tant individuelles que collectives. À travers ce jeu de rôle, les participants découvrent ce que signifie fuir son pays et faire face au déplacement forcé.

Tout au long de l’exercice, en prenant des décisions au quotidien, les participants prennent conscience des risques, des défis et des choix difficiles auxquels les réfugiés sont confrontés. De plus, au fur et à mesure qu’ils font ces choix, ils sont physiquement « déplacés » dans l’espace, ce qui leur permet de faire l’expérience du déplacement de manière tangible tout en essayant de trouver la sécurité.

Certains peuvent se retrouver dans des camps de réfugiés ou dans des zones urbaines en tant que personnes déplacées dans différentes régions du monde. Le récit d’histoires joue un rôle central dans cette simulation, et l’histoire de chaque réfugié est unique.

Comment le projet est devenu mondial

Après avoir mené avec succès cet exercice de simulation dans de nombreuses écoles, établissements postsecondaires, paroisses et autres organisations à travers le Canada et les États-Unis, le SJR Canada s’est engagé à accompagner d’autres bureaux nationaux du SJR à travers le monde pour adapter et mettre en œuvre cet exercice de simulation dans leur propre contexte local.

Parmi les pionniers figuraient les partenaires suivants : le SJR Colombie, le SJR Équateur, le SJR Malte et le Conseil lituanien pour les réfugiés.

En novembre 2024, lors d’une réunion de plaidoyer à Malte, plusieurs bureaux du SJR ont réaffirmé leur intérêt à collaborer pour créer des versions locales de cet exercice de simulation. C’est à partir de cet intérêt commun que le SJR Canada a commencé à travailler sur le projet mondial.

Après quelques réunions régionales en ligne au cours de l’été 2025, Tevfik Karatop a mis en place un atelier de formation des formateurs pour les futurs facilitateurs. Le projet a connu un élan important à Rome à la fin du mois de septembre 2025, lors de la Semaine du Jubilé des réfugiés et des migrants.

Au cours de cette semaine, Tevfik Karatop a organisé avec succès une journée de formation hybride pour des collègues du SJR issus de neuf bureaux différents, aux côtés de représentants d’organisations telles que les Scalabriniens et le Centro Astalli. À la suite de cette session, Tevfik Karatop a commencé à collaborer avec les bureaux locaux pour développer des versions régionales de notre matériel et organiser des formations en ligne. Depuis lors, Tevfik Karatop a formé avec succès 30 facilitateurs à Rome.

D’autres sessions couronnées de succès incluent une expérience hybride proposée à des réfugiés à Kakuma, au Kenya.

« Cet exercice de simulation a vraiment illuminé notre journée. Certains de ces adolescents ont découvert une nouvelle perspective en voyant les luttes de personnes qui prennent des risques et traversent des zones dangereuses juste pour poursuivre leurs rêves. C’était incroyablement émouvant de les voir se connecter si profondément à ces réalités. Je suis très, très heureux car j’ai réalisé que ces jeunes ont réussi à s’identifier à des réalités auxquelles d’autres personnes sont confrontées chaque jour », a écrit l’un des participants, Dieu Merci Lunndo, sur son profil LinkedIn.

Le SJR Canada a également reçu des commentaires positifs du Conseil lituanien pour les réfugiés concernant l’exercice de simulation proposé par notre gestionnaire de projet :

« Reconnaissante et inspirée par notre partenariat avec le Service jésuite des réfugiés Canada pour importer et adapter le puissant atelier de simulation Un Voyage en Exil au contexte lituanien. Ce qui ressort le plus, ce sont les voix des participants. À maintes reprises, ils décrivent l’expérience comme véritablement transformationnelle — changeant les perspectives, approfondissant l’empathie et rendant les réalités du déplacement immédiates et personnelles », a déclaré Lina Grudulaite, directrice du Conseil lituanien pour les réfugiés.

« De nombreux participants repartent non seulement émus, mais motivés — à l’idée de contribuer, de soutenir et de s’engager activement, souvent par le biais du bénévolat auprès des communautés de réfugiés. Je suis fière de faire partie d’une initiative qui ne fait pas qu’informer, mais qui inspire à l’action », a ajouté Lina Grudulaite.

Cette approche s’est révélée efficace pour créer une expérience physique et émotionnelle forte, qui favorise la compassion envers les personnes déplacées et encourage les participants à agir avec et pour elles.