Entrevue avec nos donatrices : Les Sœurs Servantes du Saint-Cœur de Marie
14 avril 2026|Joanna Kozakiewicz
Nées de l’esprit missionnaire de leur fondateur, le révérend Père François-Jean-Baptiste Delaplace, C.S.Sp., les Sœurs Servantes du St. Cœur de Marie continuent d’œuvrer à l’image de son dévouement pour les familles réduites au chômage et aux misères de toutes sortes.
En 1860, le Père Delaplace inaugure une œuvre de bienfaisance à l’intention des orphelins et des enfants abandonnés. Ce projet était conçu d’abord comme une œuvre caritative, puis il devient, par le plan de Dieu, une nouvelle congrégation religieuse.
Présentement, les Sœurs Servantes du St. Cœur de Marie s’impliquent dans la cause des réfugiés, des migrants et des personnes déplacées de force en tant que donatrices pour la mission du Service jésuite des réfugiés au Canada depuis 2020.
Sr. Maria Margarita Hernandez Fernandez, Supérieure Générale des Sœurs Servantes du Saint-Cœur de Marie, a accepté de répondre à quelques questions du Service jésuite des réfugiés.
SJR Canada : Pourquoi les Sœurs Servantes du St. Cœur de Marie s’impliquent-elles dans la cause des réfugiés, des migrants et des personnes déplacées de force ?
Sr. Maria Margarita Hernandez Fernandez : Notre Congrégation est née de l’appel à nous faire proches des personnes en situation d’abandon et de vulnérabilité. Au nom de notre foi, de différentes manières et selon nos contextes et possibilités, nous sommes appelées, à leur offrir accueil, présence, proximité, foyer, éducation, dignité, humanité et notre foi en Jésus Christ.
Les réfugiés, migrants et personnes déplacées sont aujourd’hui l’un des groupes les plus vulnérables et souffrants, affrontant l’insécurité, la persécution, la violence, le désarroi, la rupture de la famille, la solitude, des conditions inhumaines de vie… En même temps, c’est un des problèmes le plus complexes à faire face du point de vue social, éthique, économique et politique, tant pour les pays pauvres que pour les pays qui sont appelés à accueillir.
Comme congrégation religieuse, nous sommes présentes dans trois pays du Nord (qui reçoivent ou déportent des immigrants) et cinq du Sud (fortement blessés par la migration et les déplacement…)
SJR Canada : Comment le soutien à la cause des réfugiés s’inscrit-il dans votre charisme ?
Sr. Fernandez : En 1860, le Père François Delaplace a été touché par la situation d’abandon de petites filles orphelines qui traînaient dans la rue Mouffetard et des familles pauvres qu’il accompagnait à l’Œuvre de la Sainte-Famille, au Séminaire du Saint Esprit à Paris. Avec le concours de Jeanne Marie Moisan, il ouvre l’Orphelinat de la Sainte Famille, œuvre qui est devenue plus tard la Congrégation des Sœurs Servantes du Saint Cœur de Marie. Depuis 166 ans, les Servantes du Saint-Cœur de Marie, là où nous sommes et avec nos moyens, nous essayons de rester proches des personnes plus désemparées et démunies, en particulier les enfants, les femmes, les familles… et d’apporter une différence en lien avec sa dignité humaine et sa condition d’enfant de Dieu. Aujourd’hui les migrants, réfugiés et déplacés sont des plus grandes victimes de la déshumanisation, l’abus de pouvoir et de la violence…

SJR Canada : Quelle est la responsabilité d’une Sœur Servante du St. Cœur de Marie envers les réfugiés ?
Sr. Fernandez : Chaque sœur SSCM ou chaque groupe communautaire s’engage selon son contexte, ses appels et ses possibilités : intérêt et prière, accueil et intégration (par exemple : apprentissage de la langue, aide aux démarches légales et migratoires, espaces de fraternité, écoute et soutien, initiation sacramentelle et accompagnement dans la foi…), aide humanitaire (à travers organismes, bénévolat, cuisines collectives, vestiaires, démarches pour logement…), appuie aux bénévoles et organismes d’accueil aux frontières, appui financier aux organismes engages sur les causes et apportant une réelle différente (comme le SJR).
SJR Canada : Quels changements aimeriez-vous voir dans le monde pour les réfugiés, les personnes déplacées de force et les migrants ?
Sr. Fernandez :
- L’ouverture de cœurs de personnes, de peuples, des institutions (dont l’Église) et de politiciens… pour les voir comme frères et sœurs, et pas comme une menace. Donc, éduquer la sensibilité et l’humanité.
- Stop à la violence, l’abus du pouvoir et aux politiques qui gardent les peuples dans la misère et empêchent leur développement.
- La multiplication d’organismes comme le SJR qui puissent faire une différence réelle et large pour l’amélioration des mécanismes d’accompagnement.
- Des lois et des politiques plus ouvertes, rapides et efficaces qui permettent de mieux répondre à ce fléau et d’accompagner les personnes, les familles et les populations.
SJR Canada : Que diriez-vous à ceux qui s’opposent à cette cause ?
Sr. Fernandez : On est tous de frères et sœurs, avec le même droit à la liberté, la dignité, l’humanité… Partager nos ressources et nos espaces est un devoir mais aussi un chemin de développement, de croissance et d’humanité, qui est bénéfique pour tous. Donc, cherchons ensemble à trouver des manières intelligentes et « humanisantes » d’y arriver.
SJR Canada : Quels encouragements avez-vous pour les donateurs (ou d’autres communautés religieuses) qui ne savent pas s’ils ou elles devraient nous soutenir cette année ?
Sr. Fernandez : Vous êtes engagés avec professionnalisme et humanité pour assurer un réel changement en faveur des migrants, réfugiés, déplacés… tant au niveau global (transformation des lois, collaboration avec d’autres organismes, création d’institutions…) que sur le terrain, auprès des victimes. Vous gérez l’argent que nous vous partageons avec justice, intelligence, efficacité et créativité, au service des personnes et populations affectées par ce fléau. Donc, vous nous permettez de demeurer « en mission », maintenant que nous sommes si limitées par l’âge et la diminution d’effectifs ; vous « prolongez nos bras » et donnez vie à notre charisme.
Merci de tout cœur !
